Festival Jerk Off

Jeudi 10 au samedi 19 septembre 2020
Projection, Art contemporain
L’écrin du sous-sol dédié à l’art vidéographique invite le festival Jerk Off pour une programmation de trois œuvres vidéo sous le signe de la jeunesse, tirée de la collection d'agnès b.

Hors-Champs, un regard sur la collection vidéo d’agnès b.

 

Figure incontournable de la culture française, tout à la fois, styliste, galeriste, mécène, productrice, éditrice et même cinéaste, agnès b., dont la fondation a ouvert début 2020 à Paris, a constitué l’une des collections les plus singulière de sa génération. À travers près de 4000 oeuvres de tout medium, sa collection est traversée par une insatiable fascination pour la jeunesse, que ce soit par les sujets traités ou par l’âge des artistes au moment où elle a commencé à acquérir leurs œuvres. À cette jeunesse s’associe aussi leurs doutes, les questionnements, la recherche de son identité, c’est pourquoi ses choix se portent souvent sur des œuvres dont le regard est hors champ, comme s‘il allait plus loin.

Les œuvres vidéos sélectionnées pour cette programmation dans le cadre du festival Jerk Off portent un regard en biais, elles renversent les points d’observations pour révéler de nouvelles perspectives, comme dans l’oeuvre de Hugues Reip intitulé FLXYULCKR (2002) où nous sommes entraînés dans une traversée de l’East Village à New York à travers des images de prospectus de la culture musicale et populaire de la ville, mais aussi de sa contre-culture. Endurance (2003) de McCallum & Tarry relève plus du politique et de l’activisme, 26 jeunes sans-abris font face à la caméra ; généralement mis de coté, cachés, ils posent ici avec force et panache. Enfin, Ray & Liz (2015) de Richard Bellingham est le portrait cinglant et lugubre de la propre famille et du milieu social de l’artiste, dans les habitations sociales de l’ère thatchérienne.

Évoquer le geste et le corps des absents, esthé-tiser les objets et les activités humaines, représenter au plus près une réalité toujours fuyante, se remémorer les acteurs et les événements, voire transcender le banal en provoquant des chocs et des associations d’idées : telles sont les différentes modalités de cette programmation placé sous le signe de la jeunesse.

 

 

Richard Billigham - Ray & Liz (2015, 33 min)

C’est l’histoire d’un homme que l’art a sauvé de la misère. Un Anglais, Richard Billingham, né il y a quarante-huit ans dans l’extrême précarité d’une famille des Midlands (le “Black Country”), élevé par un père alcoolique et une mère obèse dans une cité ouvrière pendant l’ère thatchérienne. L’achat d’un appareil photo à l’âge adulte lui ouvrit plus d’un horizon, jusqu’à être nommé à 26 ans au prestigieux Prix Turner pour une série de photos saisissante documentant la vie de ses parents, intitulé Ray’s A Laugh (1997). Tout ici transpire le glauque, des papiers peints déchirés aux père alcoolisé dès le réveil, dans un foyer où règnent violence domestique et ennui profond. Et pourtant, il se dégage de Ray & Liz une beauté, une mélancolie propre à ceux qui fouillent leur passé, peut-être pour en exorciser les traumas.

 

 

McCallum & Tarry - Endurance (2003, 120 min)

La performance présente 26 jeunes sans-abris se tenant tour à tour, dans le plus simple appareil, face caméra, pendant une heure. Debout, sans parler, ils fixent le spectateur derrière la caméra. Leur hiératisme est accentué par le timelaps dans lequel la circulation et les piétons passent, la lumière se fond dans la nuit et inversement. Les pistes audio sur la vidéo combinent des sons de rue avec des séquences éditées d’entretiens préenregistrés. Chaque performance a une durée. Chaque heure de performance est réduite à 5 minutes, créant une pièce de deux heures. Chaque performer ayant pris part à cette action collective, rend hommage ici à l’un de ses proches décédés de leur condition de vie précaire, défendant ainsi les personnes aujourd’hui absentes. Ce geste commé-moratif sert également d’acte discret de désobéissance civile en opposition aux lois de civilité de Seattle qui font des positions debout ou assise immobile des crimes.

 

 

Hugues Reip - FLXYULCKR (2002, 3min04)

Réalisé à New York, ce film est constitué d’images de prospectus annonçant des concerts, collectés dans les rues de l’East Village. C’est une traversée musicale de la ville, de sa culture populaire de l’affiche spontanée et éphémère. La bande-son est exécutée par SPLITt (j.julien & H.Reip).

 

 

 

Utopia - Véronique Hubert

Ces deux vidéos sont un exercice de réflexions individuelles et/ou collectives qui interrogent les jugements portés sur les corps des autres et sur soi-même, sur les limites que la société et les regards imposent à l’expression artistique. Ces questionnements imagés par le corpus des œuvres de ce jerk Off sont proposés par UTopia un personnage féminin féerique inspiré lui même des fantasmes sexistes de ces créatures médiévales re-dessinées par Hollywood et Disney. Ces deux modules de réflexions sont proposés aux publics scolaires, universitaires et à tout un chacun-e. Les réponses peuvent prendre une forme créative ou être une simple discussion entre ami-e-s ou en famille. « La pluralité des réponses traduira la complexité passionnante et hybride de l’espèce humaine » (Utopia - Véronique Hubert)