François Wastiaux

Théâtre
La mise en scène de François Wastiaux du texte Etat Civil de Sonia Chiambetto : un projet soutenu par la Gaîté Lyrique et le Théâtre National de Strasbourg et fortement accompagné par le Carreau du Temple.

Un nouveau chapitre de l’existence atypique de la Compagnie, s’ouvre à présent avec État Civil grâce à son auteure Sonia Chiambretto, au metteur en scène François Wastiaux à l’initiative du projet et à tous les différents acteurs du projet : Sophie Verbeeck, Alexandros Markéas, Sarah Jane Sauvegrain, Manuel Poletti, Gérard D’Élia, Claire Mahieux, Dorit Chrysler, Manuel Vallade, Diana Sakalauskaïté, Sylvain Fontimpe, Sandra Choquet, Christophe Dupuis, Edith Baldy, Cécilia Galli, Valérie Dor, Roberto Jean, Christine Friedel.

 

Le projet de résidence

N°107

L'AGENT PUBLIC. Jeune homme?

LE GARÇON. Bonjour, je voudrais un dossier pour faire la nationalité française à ma mère.

L'AGENT PUBLIC. Jamais le mercredi.

 

Répondant à une commande de Sandrina Martins pour l’écriture d’un texte dans le cadre de Marseille Provence capitale européenne 2013 de la culture, Sonia Chiambretto a visité de longs mois durant les vingt-trois bureaux municipaux de proximité de la cité phocéenne. Elle s’est attardée parfois plus longtemps dans l’un d’entre eux, quand elle a jugé intéressant de le faire ou de rencontrer un personnel réceptif à sa démarche. Se faufilant entre les boxes, se glissant derrière les bureaux, elle a écouté les échanges, sans jamais les enregistrer, y a participé à l’occasion.

Fruit de ce travail immersif, État Civil  publié depuis chez NOUS grmx  en 2016, privilégie tour à tour documentaire, fiction et poésie. Sur le seuil du théâtre, réfractaire à toute sociologie, Sonia Chambrietto choisit son format, sa langue, les détails à préciser ou au contraire, à soustraire. Elle s’en tient à la situation, sans jugement. Au service du plus petit indice de réel, elle nous met sur la bonne piste, à la recherche du point aveugle dans nos vies, collectivité et nation. À l’endroit où l’on se met à croire aux apparences, à prendre pour argent comptant le subterfuge d’un théâtre en trompe l’œil, sans déjouer le stratagème d’une réalité sans relief se camouflant, pour mieux passer inaperçue.

Après avoir déjà questionné longuement la photographie et le documentaire avec Raymond Depardon, voici donc venu le moment de nous plonger dans l’écriture subtile et discrète de Sonia Chiambretto. « Faites la même signature dans le cadre », signifie l’agent public à l’administré. L’auteure se concentre sur les sujets débordant du cadre justement, dans une limite spatiale imposée et un temps resserré, de l’empathie jusqu’au burn out. Notre traduction scénique transgressera le dogme du nécessaire traitement minimaliste du documentaire. En effet, lorsque celui-ci pense faire l’économie de la forme au théâtre, il en ôte toute sa dimension politique et simple, alias se referme sur lui-même.

Nous inventerons notre propre dispositif, au service d’un oratorio récit de et par la Cie Valsez Cassis, avec la complicité du compositeur Alexandros Markéas. Les acteurs/récitants incarnent des agents publics jouant à être des administrés, narrant certaines situations de leur vie professionnelle auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Jeux de rôles dans le cadre d’une formation professionnelle : « Comment prévenir son burn-out annoncé ? ». Pourquoi pas. L’action se déroule à une heure creuse, au moment de la sieste marseillaise, ou la nuit, quand les bureaux sont fermés, l’imagination et l’onirisme battant son plein de cauchemars. Tout se passe donc en l’absence des administrés. Et les comédiens de passer alors sous contrôle documentaire, dans une altération du volontarisme théâtral et de l’incarnation poussive. Les allitérations techniques ponctuent l'espace et le temps et résonnent par là avec la machine administrative. Dans ce dispositif, l'interprète au plateau devient véritablement l’administrateur administré par la représentation : pour maintenir son identité, il doit se soumettre à un parcours du combattant aléatoire et se construire en temps réel sans recourir au jonglage virtuose des incarnations successives. 

Le théâtre est certes le lieu de l’irreprésentable. Au fantôme de Walter Benjamin  de se débrouiller pour nous rappeler, qu’entre son époque (été 1940) et la nôtre, être ou ne pas être protégé par l’institution demeure le lot de chacun, et d’autant plus, de façon assez comique d’ailleurs, pour un spectre.