Cie Les Vingtièmes Rugissants

Théâtre
Des Vies Sauvages, la nouvelle création de la compagnie Les Vingtièmes Rugissants.

LE PROJET EN RESIDENCE

C’est l’histoire de Maxime. Elle a 28 ans. Elle mène une vie des plus normales entre le centre commercial, son frère, sa soeur, ses amis de boulot, les sorties au bar, les pauses sur le parking et les virées en voiture. Tout change lorsque Maxime rencontre « l’Autre ». Il ne vient pas d’ici. Il est agent immobilier. Il présente bien. Ils tombent aussitôt amoureux. Mais Maxime peine à exister dans cet amour fusionnel. En vérité c’est surtout lui qui aimante leur relation, faite de passion et de déchirements réguliers. Insensiblement, les choses changent. La jalousie, le désir de possession précèdent les insultes et les coups. Un jour, un mensonge est découvert et tout bascule. « L’Autre » est condamné. Mais à peine sorti de prison, il recommence. Ce harcèlement nourrit le tempo de la pièce et en constitue l’enjeu principal. Cette menace nourrit une peur obsessionnelle de « l’Autre » qui restera, tout au long de la pièce aussi invisible qu’omniprésent, tout comme la violence qu’il exerce sur elle. Sous son apparence routinière, le monde se révèle alors pour ce qu’il est, en réalité, pour Maxime : un univers familier sur lequel plane la sauvagerie la plus brutale. C’est ce monde invisible que nous souhaitons explorer. Tout au long de la pièce, la métaphore du monde sauvage et de la chasse se superpose à la description de la vie ordinaire, dont elle suggère la fragilité et la violence sous-jacente. Cette métaphore nous emporte vers des scènes plus abstraites et plus oniriques, centrées sur le travail du corps, qui doivent contrebalancer les scènes réalistes et révéler la dimension cauchemardesque qui subsiste, sous la surface et qui, de fait, gouverne les apparences du quotidien, oscillant lui-même entre la comédie et la tragédie, la légèreté et la gravité (Falk Richter, « Voyage au coeur du système », théâtre, n°1 en ligne). Dans la pièce, un rêve de Maxime est régulièrement évoqué : partir à Anthrocon, le pays des Furies. Le nom d’un festival où les adultes se déguisent en animaux et donnent libre cours à leurs fantasmes. Anthrocon représente l’ailleurs d’Aurélie, son échappatoire, belle et tragi-comique.

L’histoire est racontée à travers trois temporalités juxtaposées : le passé (la relation amoureuse), le présent (le harcèlement) et le futur (les interrogatoires).

Des vies sauvages est un spectacle sur l’invisibilité de l’angoisse, sur la fragilité d’une existence ordinaire, sur la banale imperfection des vies féminines, sur la violence des normes de genre, sur la possibilité de la tragédie, mais aussi sur la beauté. Beauté de la vie que Maxime rêve ailleurs, beauté d’une bataille pour sortir d’une emprise, beauté de son élan de vie, beauté de sa violence aussi.

 

LA COMPAGNIE

Fondée par Pauline Susini, la compagnie Les Vingtièmes Rugissants est créée 2008. Les créations de la compagnie ont pour trait commun une approche et un intérêt particulier pour les formes contemporaines et pluridisciplinaires, le théâtre mais aussi la danse, le son et la vidéo notamment. Pauline Susini s’intéresse les premières années vers des textes contemporains comme Visites de Jon Fosse, Getting Attention de Martin Crimp ou encore brayage de Rémi De Vos.

Depuis quatre ans maintenant elle se consacre à l’écriture et écrit ainsi les spectacles qu’elle monte. Ce travail lui permet de creuser les notions d’improvisations, de recherches dramaturgiques, de croisement des perspectives scéniques. Ainsi est né en 2012 un premier travail sur les rêves, Ailleurs, qui a été créé grâce à une résidence de cinq semaines aux Prairies - Théâtre de la Colline ainsi que plusieurs semaines de travail au Théâtre des Amandiers de Nanterre et au Théâtre de l’Odéon. Le spectacle a été joué à la Loge deux saisons d’affilée (avril 2013 et octobre 2013) ainsi qu’à l’espace Confluence (décembre 2013). Ce premier essai a permis à la compagnie d’être sélectionnée par le théâtre Paris-Villette pour une carte blanche. Cette collaboration initiale a donné suite à une deuxième programmation quelques mois plus tard, dans le cadre du festival #spot1. Marie-Antoinette(s) est née lors de cette Carte blanche. Le spectacle sera créé au Théâtre Montansier à Versailles en avril 2016 et repris au Théâtre de l’Avant Seine en octobre de la même année.

Des vies sauvages, co-écrit avec Guillaume Mazeau, est aujourd’hui le nouveau projet sur lequel la compagnie s’engage et a fait sa première résidence en janvier 2018 au Théâtre Paris-Villette. Ce projet vient également d’obtenir l’aide à la mise en scène de l’association Beaumarchais.

 

Crédit photos : Johann Molitor