LES JEUDIS DE LA SORBONNE #6

Jeudi 8 mars
Rencontre, Conférence
Les Jeudis de la Sorbonne, c’est le rendez-vous régulier du Carreau du Temple qui propose en accès libre des débats et conférences aux formats innovants et variés, abordant des questions d’actualité et de société.

LES JEUDIS DE LA SORBONNE - Thématique 2017/2018 : Culture et transgression
Jeudi 8 mars / 19h

Salle de spectacle - Entrée libre sur inscription

Dark & Deep : Web, Liberté et Surveillance

« Monde parallèle », « zone obscure », « lieu de non-droit virtuel », « amazon de stupéfiants »…
L’imaginaire collectif s’avère particulièrement inventif lorsqu’il s’aventure à l’orée du darknet, reprenant à tout-va et de manière primitive certaines des mythologies populaires qui l’entourent. Souvent qualifié “d’espace”, et qui plus est, présenté comme le plus profond de la toile, il est vu et désigné par certains comme le terrain de jeu de tous les complots, où criminels, terroristes et pervers sont les principaux protagonistes; par d’autres, comme l’espace de liberté ultime, une utopie délivrée de toutes frontières, libérée du joug de la surveillance étatique ou industrielle. Dans ces protocoles cryptographiés se réfugient également activistes, journalistes, artistes censurés, lanceurs d’alerte, dissidents ou simplement citoyens qui cherchent à éviter la traçabilité de leurs données personnelles par l’internet commercial. Le darknet semble repousser les limites de la transgression, comme dans sa position extrême, forme de jungle virtuelle, il pose la question de nos droits fondamentaux à la vie privée et à l’anonymat.

Dans ce dernier « Jeudis de la Sorbonne : Culture et Transgression », le cycle de conférence organisé par les étudiants de Master 1 "Direction de Projets ou d'Etablissements Culturels" de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous sommes à la recherche de gestes transgressifs, qui semblent s’être raréfiés face aux effets de surveillances étendues imposés dans le monde global contemporain. Certaines questions se posent. Tout d’abord, quelle place pour la liberté d’expression dans un monde d’interconnexion généralisée, de géolocalisation et de vidéosurveillance automatisée ? Comment échapper à cette surveillance, et comment le darknet permet-il de repenser l’idée même de transgression ? Le darknet se place-t-il comme une forme d’opposition ou d’alternative au réel ? Quelle place pour les darknets dans nos sociétés, et dans la création artistique ? Franchir le seuil de cet « abîme » est-il l’acte ultime de transgression ?

Alors que le sujet a été traité à de nombreuses reprises (à la télévision, dans les journaux, sur le net), de manière plus ou moins critique, le darknet peut-il prétendre à une place prépondérante dans notre société ? Par quel moyen peut-il se muer en véritable phénomène culturel ? Le modèle crypté du darknet peut-il s’imposer comme un modèle dominant, et mettre en péril la suprématie des grands groupes comme Google, Facebook… ? Will the revolution be computerised ?

Pour nous accompagner dans ce débat nous avons l’honneur de compter sur :

Nicolas Arpagian : Enseignant, conférencier et auteur du livre "La Cybersécurité”. Spécialiste du monde numérique, il est actuellement directeur de la Stratégie et des affaires publiques d’Orange Cyberdefense, il a écrit dans différentes publications et est coordinateur de l’enseignement “Stratégies d’Influence & Lobbyning” à l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice, ce qui fait de lui une voix sensibilisée à ce sujet. 

Paul Mathias : Philosophe, Inspecteur général de l'Education national, il fut directeur de programme au Collège international de philosophie. Membre des équipes de recherche « Réseaux, Savoirs et Territoires  » (ENS-Ulm & ENSSIB) et « Vox Internet » (MSH, Paris), il a entrepris ses recherches autour des questions philosophiques suscitées par l’émergence de l’Internet au milieu des années 90 et a depuis publié « La Cité Internet », «Des Libertés numériques» et « Qu’est-ce que l’Internet ? ». 

Vincent Bonnefille : artiste. Sa recherche prend comme nœuds d'intrigue quelques Net/Web.artistes. Leurs créations sont le point de départ d'une réflexion (et vulgarisation) sur les imaginaires qui sont en jeu autour des profondeurs du web, de l'obscurité des réseaux... Il se questionne sur l’expansionnisme informationnel que prennent nos sociétés, sur ce que promettent d'utopie ces "anomalies techniques”… 

Ag3m et Akhin (Le Reset) : L’organisation Le Reset est un Hackerspace féministe qui travaille et propose de nombreux espaces, des ateliers et conférences autour du monde numérique. Le Reset partage, intègre, permet l’accessibilité pour tou.te.s et accueille les personnes minorisées tous les dimanches à la Mutinerie à Paris. 

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Depuis 1990, Les Jeudis de la Sorbonne sont un cycle de conférences publiques organisées par les étudiants inscrits en Master « Direction de projets et d’établissements culturels » de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne UFR 04, département des Arts Plastiques et Sciences de l’Art sous la direction de Françoise Docquiert. Il est consacré à l’art, à la médiation et à l’ingénierie culturelle, et interroge des problématiques touchant le secteur culturel et artistique et plus largement le secteur sociétal, cette année sur la thématique Culture et transgression.

Aller chercher du côté de la transgression comme une promesse de survie ou simplement pour mettre en exergue les dérives de nos sociétés, le concept reste libérateur.   Ces Jeudis de la Sorbonne, dont chacun d’eux approfondira cette notion, permettront de mettre en avant certaines de ces formes car il serait inquiétant que toute transgression disparaisse de notre univers culturel, ce qui signifierait appauvrissement et affaiblissement de l’ensemble de notre société.