Cinécaro #1

14 octobre
Projection, Conférence
L’association CinéCaro invite les habitants du quartier et le public à venir découvrir des films d’auteurs, fictions et documentaires, six mardis dans l’année à 19h30 sur le plateau du Carreau du Temple.

« La fiancée du pirate » de Nelly Kaplan en hommage à Bernadette Lafont. Débat en présence de Nelly Kaplan.

LA FIANCEE DU PIRATE de Nelly Kaplan avec Bernadette Lafont
Fiction 1969 / 102 mn / 35 mm / Projection en copie numérique

Marie est une fille de ferme qui habite une cabane dans les bois avec sa mère et son bouc. A la mort de sa mère écrasée par un chauffard, les notables du village qui viennent s’encanailler auprès d’elle, refusent de l’aider financièrement pour payer les obsèques de la vieille femme et en plus, par bêtise, tuent son beau bouc noir.

Le film est l’histoire de la vengeance de Marie, une pauvresse orpheline, éternellement exploitée qui va se révolter et se battre contre l’hypocrisie et la médiocrité des habitants du village de Tellier, une localité lugubre et sale, plongée dans les brumes et la boue de l’hiver. Le film dénonce dans une veine surréaliste et sociale teintée d’humour noir, la bêtise, la lâcheté, la méchanceté et la tartuferie des bien-pensants. Tenant la dragée haute aux habitants du village qui l’oppriment, Marie amasse à leurs dépens une petite fortune pour s’offrir des objets modernes et frivoles qui ne lui servent à rien puisqu’elle n’a pas l’électricité, sinon à narguer les commères du village. Ultime vengeance, Marie diffuse en pleine messe dominicale les confidences et les médisances qu’elle a recueillies sur l’oreiller grâce à un magnétophone. Vengeance faite, Marie brûle sa cabane, et sans bagage et pieds nus, elle prend la route de la liberté dans un paysage de campagne baigné d’une belle lumière printanière.

Selon les propres termes de Nelly Kaplan, « la fiancée du pirate est l’histoire d’une sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs, car c’est elle qui les brûle ».

Le film est porteur de l’esprit contestataire de Mai 68 et doit beaucoup à la gouaille et à la vitalité de Bernadette Lafont. Bernadette Lafont y est formidable en fille insoumise, en vamp pétroleuse, en Antigone du terroir ! « La fiancée du pirate » est un film inspiré de Maupassant mais revu et corrigé par Luis Buñuel.

© Image: Nelly Kaplan